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Envoyé par Le Monde Informatique
Longtemps tenus pour de simples techniciens, les géomaticiens sont aussi reconnus désormais pour leurs compétences géographiques. Et très demandés.
Bon nombre de métiers font aujourd'hui appel à l'informatisation de données géographiques. Apparue voici vingt ans, cette discipline s'est fortement développée, notamment dans les collectivités locales et l'administration d'Etat. Aujourd'hui, une communauté urbaine ou le ministère de l'Agriculture ne sauraient se passer d'un système d'information géographique (SIG), le premier pour l'entretien de sa voirie, le second pour rétrocéder l'aide communautaire européenne. Le secteur privé est aussi gourmand de tels outils, notamment les banques et les assurances, pour affiner leurs campagnes de marketing direct, par exemple.
Un tout petit milieu
Les pionniers de l'informatisation de données géographiques étaient souvent des géographes ou des géomètres formés sur le tas à l'outil informatique. Mal connu, ce métier se heurtait le plus souvent à l'incompréhension (voire l'hostilité) du service informatique qui voyait d'un mauvais œil la naissance d'un système d'information lui échappant. Aujourd'hui, les géomaticiens sont identifiés par les directions des ressources humaines comme des personnes ayant une maîtrise des outils informatiques couplée à une expertise géographique, des connaissances sectorielles (transport, environnement…) et des compétences en sémiologie graphique.
Quel que soit son poste (agent de maîtrise, cadre ou ingénieur), le "géomaticien" se distingue par cette double compétence. "Un SIG, ce n'est pas un logiciel de paie. L'analyse des données, leur mise en forme, leur intégration et leur administration (calages, paramétrages, combinaison avec d'autres couches d'informations) supposent un haut niveau de qualification", affirme Denis Delerbas, responsable de la direction de l'informatique géographique de la ville de Nice. Les embauches concernent donc essentiellement des bac+4/+5 ayant suivi l'une des nombreuses formations universitaires qui se sont créées depuis quelques années (maîtrise de sciences et techniques de cartographie-SIG, DESS de SIG). En ce qui concerne les méthodes de recrutement, elles sont réduites à la plus simple expression. "Il s'agit d'un petit milieu où tout le monde se connaît. Comme nous présentons notre SIG plusieurs fois pas an, nous recevons beaucoup de CV et de demandes de stages", indique Michel Hénin, de l'Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région Ile-de-France (Iaurif) et responsable à ce titre du SIG de la première région française.
Reconnus mais pas forcément choyés
Reconnus, les géomaticiens ne bénéficient pas pour autant de traitements de faveur. Au CNRS, ils perçoivent la même rémunération que tous les chargés de recherche. Dans la fonction publique, le salaire est fixé par le grade. Dans certains cas, les géomaticiens perçoivent la prime "informatique" mensuelle, qui varie de 300 à 500 euros selon le grade. Ainsi, la rémunération s'établirait à 2 200 euros environ pour un débutant. Dans le privé, notamment chez les intégrateurs et les fournisseurs de données (comme l'IGN), les salaires sont évidemment un peu plus élevés. À titre d'exemple, la dernière recrue de l'Iaurif (structure privée ayant délégation de service public) perçoit un salaire annuel brut de 28 600 euros, avec une perspective d'augmentation d'environ 1 000 euros par an.
Dans ce domaine en pleine expansion, chaque structure accomplira les efforts nécessaires pour conserver ses éléments, même si les perspectives d'évolution sont relativement faibles en raison de la dimension réduite des entités chargées du SIG. "Le métier est jeune. On manque donc de recul pour analyser lesperspectives de carrières offertes aux géomaticiens, mais je pense qu'ils restent fidèles à ce métier", estime Pierre Dumolard, professeur à l'université de Grenoble et directeur adjoint du réseau de recherche français sur les SIG. Un avis partagé par Michel Hénin : "Il y a peu de turnover. C'est sans doute dû à l'intérêt du métier : le travail est très varié et l'on a le sentiment de jouer un rôle important, d'être utile en apportant une information pertinente."
Une formation en voie d'adaptation aux besoins
Les métiers des systèmes d'information géographiques, même s'ils existent dans les faits, sont toujours en quête de reconnaissance. Ils n'apparaissent pas encore dans le répertoire officiel des métiers de l'ANPE, en dépit de l'action menée par le CNIG (Conseil national de l'information géographique) auprès du Rome (Répertoire opérationnel des métiers et des emplois de l'ANPE), et de l'Afpa (Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) pour tenter de définir une typologie de ces nouveaux métiers et d'identifier les formations. Cette initiative a pourtant permis d'aboutir à la création de Geéoform, un portail Web francophone consacré à la formation autour des systèmes d'information géographiques.
Il reste néanmoins beaucoup de chemin à parcourir, explique Stéphane Roche, maître de conférences à l'université d'Angers : "Le contenu des formations n'est toujours pas adapté aux besoins actuels des entreprises, au sein desquelles on voit apparaître de nouveaux métiers, autour du traitement, de l'analyse et de la diffusion des données géographiques sur le Web."
Trop généralistes, les cursus proposés n'abordent pourtant que certains aspects du métier.
Or, le spécialiste géomaticien doit être capable de maîtriser le cycle de vie de l'information géographique de A jusqu'à Z.
On lui demande des compétences de concepteur, de développeur et de gestionnaire des systèmes d'information géographiques. Un profil aujourd'hui difficile à trouver. - V. A.
Thierry Butzbach
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